TOXICITÉ ET EFFETS SECONDAIRES

Les nombreuses vertus du miel ne font pas de lui un aliment parfait, encore moins une panacée. Un produit naturel n’est pas nécessairement exempt de toute toxicité ou d’effets indésirables fixant des limites à son utilisation.

Le miel est un mets sucré aux fines notes aromatiques, fruit d’un lent processus complexe. Il revient à l’homme de ne pas gâcher le travail de l’abeille par des pratiques apicoles inadaptées, voire délétères. Le miel peut hélas contenir des résidus de médicaments consécutifs au traitement de la ruche mais aussi à d’autres traitements phytosanitaires. On ne peut exclure le fait que de mauvaises pratiques apicoles soient à l’origine de son exceptionnelle contamination par des spores de Clostridium botulinum, bactérie responsable du botulisme. Par mesure de précaution, la consommation de miel par le nourrisson de moins d’un an est donc déconseillée en raison de l’immaturité de son système immunitaire, incapable de faire face à ces spores¹⁰.

fleurs de rhododendron

Le miel de rhododendron, particulièrement de l’espèce australienne Rhododendron ponticum L., peut se révéler très toxique en raison des alcaloïdes qu’il contient²⁸ (qui peuvent provoquer hypotension, ralentissement du rythme cardiaque, vomissement, troubles de la vision…).

La tolérance au miel varie en fonction de l’espèce botanique et de la susceptibilité individuelle.

Une consommation trop importante en une seule prise peut être responsable de troubles gastriques. Il suffit dans ce cas soit de diluer le miel, soit de diminuer la dose consommée.

Quelques rares cas d’allergie consécutive à la consommation de miel ont été décrits. Les allergènes responsables proviendraient principalement du pollen présent dans le miel ou des protéines issues des sécrétions salivaires de l’abeille.

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Le miel est souvent accusé à tort d’être à l’origine de caries. Or, il adhère peu à l’émail dentaire et sa teneur en saccharose, principal facteur des caries, est faible par rapport à celle du sucre blanc… À dose modérée, il serait même plutôt anti-caries!

L’ingestion concomitante de miel et de médicaments peut modifier la distribution de ces derniers dans l’organisme. Le miel peut moduler l’activité de certaines enzymes du foie lui permettant de métaboliser certains médicaments comme les statines et les immunosuppresseurs²⁹. À l’inverse, l’interaction entre miel et antibiotiques peut être bénéfique. Ainsi, la consommation de miel de Manuka associée à la prise d’oxacilline restaurerait la sensibilité des staphylocoques dorés résistants à cet antibiotique³⁰.

CONTRE-INDICATIONS

L’usage de miel peut être déconseillé en cas de pathologie métabolique grave non traitée ou mal équilibrée: diabète accompagné de complications vasculaires, hypothyroïdie, maladie endocrinienne, dyslipidémie, lithiase urinaire oxalique³¹-³². Même si quelques études préliminaires semblent suggérer que la consommation de miel liquide (type acacia) puisse abaisser la glycémie à jeun de patients atteints de diabète de type 2, d’autres ne montrent aucune amélioration. Un avis médical est indispensable avant toute consommation régulière de miel par un patient diabétique.

L’INDEX GLYCÉMIQUE, QU’EST-CE QUE C’EST?


L’index glycémique (IG) est un index qui sert à mesurer l’impact des sucres d’un aliment sur la glycémie (taux de glucose dans le sang, dont la normale s’équilibre autour de 1 g/l grâce à l’insuline). L’IG de référence est celui du glucose et est fixé arbitrairement à 100. Il est clairement démontré que la consommation d’aliments riches en sucres et dont l’IG est élevé est liée à la prise de poids et à l’apparition de maladies chroniques comme le diabète de type 2 ou l’infarctus du myocarde. Un IG est considéré comme faible lorsqu’il est inférieur à 55.

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Avec ses 80% de sucres, on s’attendrait à ce que le miel ait un IG élevé. Mais en fait, plus la teneur du miel en fructose est élevée, plus son IG est bas³². Par conséquent, lors de régimes nécessitant la consommation d’aliments à faible IG, certains miels (acacia, châtaignier, tilleul…) sont des édulcorants plus appropriés que d’autres comme celui de colza ou de forêt. Voici quelques exemples de miels intéressants dont l’IG est bas:

  • ​miel de tilleul: 49
  • miel d’acacia: 53
  • miel de châtaignier: 53
  • miel de bruyère: 53

LE MIEL DE MANUKA

miel de manuka anti bacterien

Le miel de Manuka est un miel monofloral produit à partir d’un arbuste (Leptospermum scoparium) qui pousse quasi exclusivement en Nouvelle-Zélande. Ce pays a financé de nombreuses recherches pour promouvoir ses propriétés thérapeutiques. Elles ont été menées au sein de l’université Waikato de Hamilton par le professeur Peter Molan et ses collaborateurs.

Une supériorité antibactérienne usurpée?

Tous les miels possèdent un pouvoir antibactérien³³. Le miel de Manuka ne fait pas exception et a l’avantage d’avoir fait l’objet de plus de deux cents articles scientifiques. La spécificité revendiquée par le miel de Manuka repose sur sa concentration en méthylglyoxal (MGO), jusqu’à mille fois supérieure à celle mesurée dans les miels européens. Ce composé chimique a été identifié par le professeur Molan comme principal actif antibactérien du miel. Mais principal ne veut pas dire unique comme le rapportent plusieurs études. L’une d’elle a démontré que le taux de MGO augmente avec l’âge du miel sans pour autant le rendre plus actif³⁴; une autre a confirmé que l’activité antimicrobienne n’augmente pas proportionnellement à la teneur en MGO du miel de Manuka³⁵. Conclusion: il semble que son activité antibactérienne soit plutôt liée à la synergie des différents agents qu’il contient, le MGO apportant certainement sa contribution sans être pour autant l’acteur principal.

De nombreuses études rapportent les valeurs très élevées en polyphénols de ce miel. L’une d’elle a démontré que certains d’entre eux étaient capables d’inhiber la croissance d’une large gamme de bactéries, telle bactérie étant plus sensible à tel polyphénol³⁶.

Le miel de Manuka possède donc un large spectre d’action antibactérien. Il agit sur le germe multirésistant du staphylocoque doré, sur Streptococcus pyogenes, Escherichia coli et Pseudomona aeruginosa. Mais le ou les mécanismes d’action de ce miel ne sont pas encore complètement élucidés.

Alors oui, de nombreuses études – y compris cliniques – ont montré que le miel de Manuka possède de multiples propriétés: il agit contre les bactéries, favorise et accélère la cicatrisation, permet de réduire le nombre d’infections (après une opération par exemple), etc.³⁷-³⁹.

Cependant, souvenons-nous qu’aucun miel local n’a bénéficié de financements d’une telle ampleur pour la recherche.

Les études qui ont comparé l’efficacité de miels locaux à celle du miel de Manuka ne sont pas nombreuses. Mais la quasi-totalité d’entre elles a montré que le miel de Manuka n’était pas plus antibactérien que les miels locaux testés et qu’il l’était même parfois moins⁴⁰-⁴⁴.

Que vaut l’indice UMF?

Le miel, comme toute substance naturelle, est de composition variable; son activité thérapeutique l’est par conséquent aussi. Cet inconvénient a incité le professeur Molan à mettre au point un indice pour quantifier le méthylglyoxal (MGO): il s’agit de l’UMF pour «Unique Manuka Factor» dont l’objet est de renseigner sur la qualité antibactérienne du miel.

Le MGO, en tant que produit de la dégradation du glucose, est naturellement présent dans l’organisme, en concentration supérieure en cas de diabète⁴⁵. En quantité importante, il pourrait avoir des effets néfastes sur l’organisme, semblables à ceux du diabète. Il contribue aussi à la production d’AGE (Advanced Glycation End product, produit de glycation avancée en français). Les AGE sont les produits d’un processus appelé glycation, qui est le résultat de l’interaction entre le produit de dégradation du sucre et les protéines, l’ADN ou l’ARN. Cette interaction est appelée réaction de Maillard. Or cette réaction est responsable d’un certain nombre de modifications impliquées dans les dysfonctionnements métaboliques et vasculaires et le vieillissement. De nombreuses études ont mis en relation une hausse de MGO dans le sang des patients diabétiques avec la survenue de complications vasculaires: néphropathies (maladies rénales), rétinopathies, neuropathies, lésions tissulaires (rein, cœur, cristallin)⁴⁶.

LE MIEL DE MANUKA, EN BREF

Quel est, tout bien considéré, l’intérêt du miel de Manuka?
Quel crédit accorder aux allégations émises en sa faveur?
Pour nous forger une opinion, récapitulons les éléments de réflexion à notre disposition:

  • Le miel de Manuka possède une activité antibactérienne indéniable. Cependant, les rares études qui le comparent aux miels locaux n’ont pas démontré sa franche supériorité.
  • La mise au point d’un indice de qualité (UMF) informant sur la valeur thérapeutique du miel est pertinente, à condition qu’il ne soit pas réservé au seul miel de Manuka et autorise la comparaison.
  • L’activité antibactérienne du miel de Manuka serait due à sa très forte teneur en MGO, mais ce composé chimique est fortement suspecté d’engendrer des effets néfastes sur l’organisme. Dans ces conditions, la balance bénéfice/risque penche-t-elle du bon côté?
  • Aucun miel n’a bénéficié d’autant d’études, mais elles ont été financées par les principaux bénéficiaires d’une exportation massive et lucrative. Sont-elles exemptes de tout conflit d’intérêts? L’indépendance scientifique a-t-elle été respectée? Un article du Times⁴⁷ a révélé que le volume de miel exporté est incompatible avec la quantité de miel de Manuka qu’il est possible de récolter en Nouvelle-Zélande. Quelle est l’explication?
  • ​Enfin, est-il logique, d’un point de vue tant économique qu’environnemental, d’importer massivement depuis l’autre bout de la terre un miel forcément cher dont l’activité thérapeutique n’est pas nécessairement supérieure à celle des miels locaux?

10. Le botulisme et le miel. Abeilles et fleurs. 1989, N°742: 406.

27. ALZAHRANI HA, ALSABEHI R, ET AL. Antibacterial and antioxidant potency of floral honeys from different botanical and geographical origins. Molecules. 2012, Sep 4;17(9): 10540-9.

28. LENNERZ C, JILEK C, ET AL. Sinus arrest from mad honey disease. Ann. Intern. Med. 2012, 157: 755-56.

29. TUSHAR T, VINOD T, RAJAN S, ET AL. Effect of honey on CYP3A4, CYP2D6 and CYP2C19 enzyme activity in healthy human volunteers. Basic Clin. Pharmacol. Toxicol. 2007, 100: 269-72.

30. JENKINS RE, COOPER R. Synergy between oxacillin and manuka honey sensitizes methicillin-resistant Staphylococcus aureus to oxacillin. J. Antimicrob Chemother. 2012 Jun;67(6): 1405-7.

31. DONADIEU Y. Tout le monde peut-il prendre du miel? Les thérapeutiques naturelles. 2001, p 928.

32. WALTHER B, KAST C. Miel et taux de glycémie. Revue suisse d’apiculture N°3. 2012, p. 27-33.

33. SHERLOCK O, DOLAN A, ET AL. Comparison of the antimicrobial activity of Ulmo honey from Chile and Manuka honey against methicillin-resistant Staphylococcus aureus, Escherichia coli and Pseudomonas aeruginosa. BMC Complement Altern Med. 2010, Sep 2: 10-47.

34. ADAMS CJ, MANLEY-HARRIS M, MOLAN PC. The origin of methylglyoxal in New Zealand manuka (Leptospermum scoparium) honey. Carbohydr Res. 2009, May 26;344(8): 1050-3.

35. MOLAN P. An explanation of why the MGO level in manuka honey does not show the antibacterial activity. New Zealand beekeeper. 2008, p. 11-13.

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46. MAJTAN J. Methylglyoxal-a potential risk factor of manuka honey in healing of diabetic ulcers. Evid Based Complement Alternat Med. 2011, 5 pages.

47. LEAKE J. Food fraud buzz over fake manuka honey. The Times. August 2013.

Source : Nature & Vitamines P.34-40
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