Le Pollen

L’homme a toujours coexisté avec l’abeille. Il n’est donc pas surprenant qu’il ait trouvé dans les produits de la ruche un moyen de se nourrir et de se guérir. Les Egyptiens n’hésitaient pas à parler de «poussière qui donne la vie» pour décrire le pollen. Quant à Aristote, il évoque dans son Historia animalium le «pain d’abeille», nom qui restera au pollen pendant plusieurs siècles. Hippocrate, considéré comme le père de la médecine, vantera ses vertus curatives et le prescrira souvent à ses patients.

La dénomination de pollen n’apparaît cependant pour la première fois qu’en 1686 sous la plume du naturaliste anglais John Ray dans son Historia plantarum generalis. Alors que les premiers travaux scientifiques sur son butinage par l’abeille sont entrepris dès 1873, il faudra attendre les années 1950 pour voir le pollen préconisé en diététique et thérapeutique humainel

Autant En Emportent Le Vent… Et Surtout L’abeille!

Le pollen constitue, chez les plantes à tiges, l’élément fécondant mâle de la fleur. Dans le règne végétal, il existe deux modes de pollinisation – c’est-à-dire de rencontre entre les éléments reproducteurs mâle et femelle – dont les caractéristiques des grains de pollen sont révélatrices. On trouve :

  • des pollens dits anémophiles (transportés par le vent), de petite taille et légers, et des pollens dits entomophiles (transportés par les insectes et les abeilles en particulier), plus gros et plus lourds.
  • Les généreuses abeilles partagent donc avec le vent l’effort de pollinisation: elles transportent de fleur en fleur les grains de pollen des plantes entomophiles afin d’assurer leur reproduction.

On estime que 70% des espèces végétales terrestres sont entomophiles et que leur pollinisation dépend de l’abeille.

La Récolte En Quelques Chiffres

On estime le poids moyen d’une pelote de pollen à 8 mg. Pour la récolter, la butineuse effectue dix vols par jour en moyenne au cours desquels elle doit visiter environ deux cents fleurs. Par beau temps, la compagnie des butineuses peut rapporter chaque jour jusqu’à cinquante mille pelotes de pollen à la ruche, soit environ 400 g. Bien qu’il existe de grandes variations en fonction des zones de récolte, on estime que la quantité de pollen récupérée dans la trappe (placée à l’entrée de la ruche par l’apiculteur) est de 5 à 15 kg par an. Cela représente seulement 20% de la récolte totale, 25 à 40 kg étant nécessaires pour assurer l’alimentation du couvain (la maternité de la ruche en quelque sorte, là où la reine pond).

Les butineuses de chaque colonie visiteraient ainsi un à cinq milliards de fleurs par an.

Une étude a chiffré le coût économique de cette pollinisation à plus de 14 milliards d’euros en Europe en 2005

Comment Le Pollen Est-Il Produit?

Le grain de pollen est un petit élément plus ou moins ovoide. Il mesure de 5 à 150 micromètres et se trouve dans les sacs polliniques des anthères de la fleur.

Pas De Pain Sans Corbeilles

Lorsque l’abeille visite les fleurs, son corps se retrouve couvert de cette poussière de pollen colorée. Elle va alors se peigner méthodiquement avec ses pattes enduites de miel régurgité qu’elle aura préalablement prélevé à proximité du couvain. Ce miel contient de grandes quantités de ferments lactiques ainsi que de nombreuses enzymes. Ce brossage lui permet de ramener toute la poussière de pollen dans ses corbeilles situées au niveau de la face externe de sa troisième paire de pattes. Un vol stationnaire permet ensuite de compacter cette poussière pour former une pelote de pollen.

De retour à la ruche, l’abeille décharge ses pelotes et les stocke dans des alvéoles situées en périphérie du couvain. Elle les dépose en couches successives, additionnées de miel. Dans l’ambiance chaude de la ruche se produit un processus de lacto-fermentation du pollen: la libération d’acide lactique fait baisser son pH. Ce phénomène permet de conserver le pollen et le rend plus digeste. Il prend alors le nom de pain d’abeille.

Le Tiroir Secret De L’apiculteur

Pour récolter le pollen de manière non agressive et non destructrice, une grille à pollen, appelée peigne, est placée à l’entrée de la ruche. L’abeille, en rentrant, doit traverser cette grille qui retient une partie des pelotes accrochées à ses pattes arrière. Les pelotes tombent à travers un tamis dans un tiroir inaccessible à l’abeille (l’ensemble peigne et tiroir forme la trappe évoquée précédemment). Ce tiroir, fabriqué dans un matériau inoxydable et facile à nettoyer, doit être protégé de l’humidité et permettre de recevoir l’équivalent d’au moins deux jours de récolte. La fréquence de collecte du pollen par l’apiculteur dépend de la vitesse de remplissage et de l’humidité environnante, mais n’excède jamais quatre jours.

Les abeilles sont très sélectives: le pollen récolté ne provient que de quatre à sept espèces florales, chacune reconnaissable à la couleur de la pelote.

Dans le tiroir, le pollen frais contient de 20 à 30% d’eau. Or ce degré d’humidité (ou pourcentage d’hygrométrie) est idéal pour le développement de micro-organismes tels que les levures, les moisissures ou les bactéries.

Pour que le pollen en soit préservé, la meilleure solution consiste à le conserver par congélation dès la récolte, puis à lui faire subir un processus de conditionnement précédé d’une ventilation. Cette opération a pour but d’éliminer les débris d’abeilles mortes et de corps étrangers qui auraient pu tomber dans le tiroir.

Quelle Est La Composition Du Pollen?

Alors que le miel est la source d’énergie de l’abeille, le pollen lui apporte tous les nutriments et micronutriments dont elle a besoin pour se développer et maintenir sa productivité: protéines, lipides, vitamines, minéraux et autres microconstituants végétaux. Le pollen est donc un aliment essentiel à l’abeille.

Sa composition nutritionnelle varie surtout en fonction de l’origine botanique des fleurs visitées, de la saison, des conditions climatiques, mais aussi des modes de transformation et de stockage. Récolté frais, le pollen doit impérativement subir une étape de transformation, sinon la fermentation et les champignons ne tarderont pas à le dégrader. Il existe deux techniques pour cela.

  1. La technique traditionnelle est le séchage. Il permet d’abaisser le taux d’humidité aux environs de 6%, ce qui élimine tout risque de développement microbien. La température maximum sera de 40 °C et le temps de séchage le plus court possible afin de respecter les vitamines et autres nutriments thermolabiles.
  2. congelé sous gaz neutre. Cette technique permet une préservation optimale des propriétés nutritives et biologiques du pollen.

Une fois conditionné, le pollen sec peut être conservé entre dix-huit et vingt-quatre mois s’il est stocké comme il faut, c’est-à-dire dans un endroit sec, frais et à l’abri de la lumière. Cependant, le stockage par congélation reste la meilleure façon de préserver les propriétés antioxydantes du pollen (lire encadré).

Pollen Sec, Lyophilisé Ou Congelé: Faire Le Bon Choix

L’impact de différents modes de conservation sur la qualité nutritionnelle du pollen séchage à 40 °C, lyophilisation et congélation – a été étudié. Les résultats montrent que la congélation n’entraîne aucun changement notable dans sa composition biochimique. La teneur en vitamines C, E et caroténoïdes chute en revanche sous l’effet de la lyophilisation, bien moins toutefois qu’après le séchage à 40 °C.

Conclusion: la congélation est la technique recommandée pour préserver l’ensemble des qualités nutritonnelles et thérapeutiques du pollen

Chaque Pelote D’une Seule Couleur Provient D’une Seule Et Même Plante.

Il est ainsi facile de reconnaître à l’œil nu l’origine mono-ou polyflorale du pollen récolté. Quelles que soient l’espèce ou les espèces florales butinées, le pollen sec conditionné et stocké correctement est une source intéressante de protéines (de 10 à 40%), de fibres (de 1 à 13%), de graisses polyinsaturées, de vitamines, de minéraux et autres microconstituants végétaux (caroténoïdes, polyphénols, phytostérols).

Le Pollen Contient Dix-Huit Acides Aminés Dont Tous Les Acides Aminés Essentiels.

Toutefois, lorsque le pollen est séché ou conservé dans de mauvaises conditions, la teneur en acides aminés libres diminue et la proline, acide aminé prédominant dans le pollen frais, se dégrade.

Même si les pollens polyfloraux (ou mille fleurs) sont les plus nombreux sur le marché, certaines marques proposent des pollens monofloraux. Selon Patrice Percie du Sert, auteur de Ces pollens qui vous soignent (Tré-daniel), la composition nutritionnelle diffère d’un pollen monofloral frais à l’autre. La teneur en protéines et en acides aminés essentiels passe, par exemple, presque du simple au double du pollen de ciste à celui de pavot (voir tableau 1).

Pelotes de pollen Macro

Une Source Végétale De Ferments Lactiques

Nous avons vu que l’abeille, au cours du butinage, ensemence en quelque sorte la poussière de pollen avec un mélange de sécrétions salivaires et de miel régurgité contenant des enzymes et des ferments lactiques. Ces derniers sont essentiels à la conservation du pain d’abeille. Produits dans le proventricule de l’insecte, ils ont été découverts en 2008 par deux chercheurs suédois. Douze souches de bactéries ont été référencées. Elles sont pour la plupart du genre Bifidobacterium et Lactobacillus, dont la plus connue d’entre elles Lactobacillus Kunkeil.

Dans le pollen frais, ces bactéries disposent de tous les nutriments nécessaires à leur développement. D’après les données aimablement fournies par Pollenergie (spécialiste français des pollens frais congelés), la teneur en ferments lactiques varie selon l’espèce florale considérée et c’est le pollen de ciste, récolté en mai et juin, qui détient la palme (de 1 à 20 millions/g de pollen). Or une équipe de recherche a logiquement montré que la production endogène de ferments lactiques commence lentement à la sortie de l’hivernage et atteint son maximum vers le mois de juin avant de décroître. Soulignons toutefois que le pollen déshydraté à tempé- rature ambiante est, lui, dépourvu de ferments lactiques.

TABLEAU 1: COMPOSITION NUTRITIONNELLE DES POLLENS FRAIS MONOFLORAUX (D’APRÈS LES VALEURS GRACIEUSEMENT FOURNIES PAR POLLENERGIE)


Source : Nature & Vitamines P.42-49
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